Ce que les 1ères ont pensé du « ventre de l’Atlantique »

Les 1ères ont exprimé leur avis sur le roman « Le Ventre de l’Atlantique » de Fatou Diome (2003), qui parle notamment du fantasme de l’Europe, de la passion excessive pour le foot, et de la place de la femme au sein d’une société patriarcale. Ils ont été bien inspirés, et certains choisiront sûrement l’oeuvre pour la présenter à l’oral du bac de français en juin prochain.

« Les personnages que j’ai préférés ont été Salie et Sankèle, qui ont fait preuve d’énormément de courage pour atteindre leurs objectifs. Etant donné que ce sont des femmes, elles ont fait face à plusieurs diktats sociétaux misogynes. 

L’histoire de Sankèle m’a réellement émue. J’ai trouvé ça intéressant de faire émerger cette histoire à la surface, car de très nombreuses personnes sont confrontées au mariage forcé, comme l’auteure l’a dit : ‘On marie rarement deux amoureux, on unit souvent deux familles.’ »

Berthe Mununga Nyota

« Ce roman met en évidence la face cachée de l’immigration et reflète une forme de ‘rêve américain’. Mon personnage préféré est Sankèle, on pourrait la qualifier de féministe avant l’heure, dans une société où elle n’avait pas le choix elle s’est imposée, s’est battue pour ses convictions, et a osé dire non. Elle est un modèle pour toutes les jeunes filles africaines. »

Thesia D’Alberto

« Fatou Diome présente le football comme l’Atlantide dont la plupart des Sénégalais rêvent. Son livre m’a beaucoup plu. Je pense qu’il pourrait favoriser un changement des mentalités des sociétés africaines. Les passages que j’ai préférés étaient toutes les petites histoires des villageois (Sankèle, Moussa, Gnarelle), car ça rendait le livre plus divertissant. Le personnage que j’ai préféré est la grand-mère de Salie que je trouve très sage et aimante. Ce personnage qui représente la maternité déborde de tendresse. »

Sarah Kabila

« Diome parvient à livrer un regard original poétique empreint d’un humour bien senti sur les problèmes difficiles de l’immigration. C’est un livre d’utilité publique. Ce qui me frappe tout d’abord dans ce livre, c’est la structure narrative et parfaitement bien maîtrisée. Fatou Diome a choisi de raconter sa Terre natale depuis son pays d’adoption, la France, ce qui octroie au livre une couleur particulière, celle de l’immigration entre deux cultures et deux mondes qui s’opposent et qui ont souvent bien du mal à se comprendre. »

Assi Masudi

Crédit photos: Thomas Gaschignard, Africavivre

« Le passage qui m’a le plus touché c’est celui où Salie apporte une note à sa grand-mère, mais que sa grand-mère lui avoue qu’elle aussi aurait aimé étudier. Sinon, le personnage qui selon moi mériterait d’être mis plus en avant et que j’ai apprécié c’est le pêcheur. Il s’avère que le fils qu’il a eu avec une ancienne amante dont il a renié la paternité est devenu un joueur de football en Europe. A chaque match, il demande qui a marqué et les actions des joueurs, sûrement pour entendre les exploits de son fils, qui a gardé son nom. » Carine Mongae

« Ce roman nous expose les raisons de ces immigrations, les jeunes Africains subissent la pression sociale, et sont en quête de la réussite sociale et économique, pris dans un tunnel de performance’. Pour eux, immigrer vers l’Europe est ‘symbole de réussite’.

Fatou Diome décrit le football comme un sport extrêmement compétitif, où il est difficile d’arriver en haut de l’échelle. Les jeunes footballeurs de l’île de Niodior s’imaginent le foot comme leur billet de sortie de la pauvreté. Or, dans le football européen, on ne vous acceptera que si vous êtes l’un des meilleurs. Dans les compétitions, c’est l’Europe qui doit être sur le toit du monde, le foot africain est minimisé. Lors de la rencontre Sénégal / Suède, la victoire des Lions n’est pas vraiment valorisée dans les journaux télévisés européens, et la joie des supporters sénégalais est « vite » étouffée. Pour eux, si les Sénégalais ressortent victorieux, c’est à cause de l’influence européenne, d’où l’expression ‘Sénégaulois’. Le foot est un sport à dominance européenne, difficile d’accès aux immigrés. »

Thesia D’Alberto

« Dans son roman, Fatou Diome compare le football à un gibier. Elle dit dans son livre : ‘De grandes dents pour un petit gibier’. Elle dit elle-même que le Sénégal est une ‘société francophile’, donc tout ce qui vient de France est bon à leurs yeux. Le football rassemble de nombreux jeunes du Sénégal autour d’un même ‘feu’ qui est la télévision.

Ce roman nous met aussi en garde contre le danger de l’immigration et du rêve de l’Europe, car il y a une asymétrie de l’information. L’Europe, considérée comme un paradis, n’en est pas un en réalité. Plusieurs personnes allant en Europe dans le but de trouver de l’argent plus facilement se retrouvent dans des situations compliquées : tel que Moussa qui a dû faire face à la pauvreté, le chômage et même au racisme parfois. En rentrant au pays bredouille, même ‘l’idiot du village’ s’est moqué de lui, car il est rentré sans le sou. A l’inverse, on trouve également des personnes allant à l’étranger pour des études ou autre, et rentrer de manière tape-à-l’œil pour faire voir qu’ils ont de l’argent. Ils aveuglent les jeunes rêveurs sur les réalités de l’Europe et surtout du football. Wagane ainsi que l’homme de Barbès en font partie. On pourrait les qualifier de démagogues. »

Berthe Mununga Nyota

Crédit photos: Astrid di Crollalanza

« L’immigration en Europe n’est pas un synonyme de réussite. Ce n’est qu’un mythe. On peut par exemple prendre le cas de Moussa à qui on a fait croire que c’est un footballeur très doué et qu’il réussirait là-bas. Quelques temps après son arrivée, on voit qu’il souffre mentalement et que la personne qui lui vendait du rêve lui demande à présent d’aller travailler pour le rembourser. »

Maggie Zongwe

« Le titre fait subtilement référence à l’immigration et à l’Atlantique, dévoreur d’humains, comme le bébé de Sankèle et Moussa, ou d’autres personnes mortes en voulant rejoindre la France, qu’ils voient comme leur terre promise. Le foot, lui, enfante aussi bien des rêves. »

Magali Mbaya